Un premier mai ordinaire

Le premier mai 2018, entre Bastille et Place d’Italie, nous y étions. En toute modestie, récit :

Nous arrivons un peu en avance. C’est comme les soirées, le moment le plus sympa des manifs, c’est avant que ça commence vraiment, quand il est possible de se promener d’un groupe à l’autre, de parler aux gens. Avant qu’on se mette à danser, quoi.

D’abord, le premier groupe rencontré, qui nous valut notre première photo et un succès assez considérable sur Twitter. 161 retweets et 200 like, s’il vous plaît ^^  :

Puis, différents groupes : des partis de gauche aux noms rétro-futuristes, des associations de peuples opprimés, des revendications sectorielles. Tous unis ce premier mai dans une ambiance joyeuse de convergence des luttes, aidée par une météo plus que clémente. Quelques exemples non exhaustifs :

 

Comme souvent, les manifestations peinent à démarrer. Nous piétinons un peu, buvons un verre et puis on y va.

Nous ne faisons que quelques centaines de mètres avant de rencontrer un magnifique stand de sérigraphie manuelle. Le collectif “Affiches en lutte” qui expose à la fin du mois au Point Ephémère, un lieu où les pirates se sont rassemblés de nombreuses fois  : http://www.pointephemere.org/event/dugudus-expose-affiches-en-lutte-HJ2otqXsM

ça se gâte, vous le savez déjà, quand nous parvenons au Pont d’Austerlitz : de l’autre côté, de la fumée gris sombre qui monte dans le ciel bleu. Et en face de nous, un cordon de CRS. La situation est confuse car la manifestation a été coupée en deux : de nombreux manifestants sont bloqués sur le pont.

Pas difficile de comprendre qu’il y a du grabuge. Mais que se passe t-il exactement ? Les CRS ne sont guère loquaces et probablement pas spécialement renseignés. A un moment, une femme les traite de “Salauds !” avant de se faire vertement reprendre par sa copine. Alors qu’un groupe se fait relever, la foule pense qu’on va la laisser passer et les CRS sont applaudis. Las ! la ligne se reforme et, en ordre relativement dispersés, les manifestants se dirigent vers le pont suivant.

Nous tentons de rejoindre la manifestation côté Jardin des Plantes mais nous sommes à nouveau bloqués par une rangée de CRS. Les affrontement sont visibles.

On entend des détonations, parfois la scène disparaît dans un épais brouillard de fumigènes. Et puis on voit de nouveau des silhouettes. Quand le canon à eau entre en jeu, les manifestants frappent sur les barrières de taule, en solidarité. Je pense à Star Wars et aux grands robots blancs à quatre pattes de l’empire. Le canon à eau est de cette couleur.

La bagarre dure. Il est clair que nous ne rejoindrons pas l’itinéraire initialement prévu. Les camionnettes ont passé la Seine et empruntent un itinéraire bis, le long de la ligne 5. Nous courrons derrière l’une d’elle pour acheter des mojitos CGT et puis, dans une ambiance de manif tout à fait normale, au rythme du tube des Saltimbanks  nous rejoignons Place d’Italie.

Nous nous épargnerons de rejouer les ridicules débats de Twitter pour savoir si les Black Block sont d’extrême droite, d’extrême gauche ou rien du tout. Nous ne spéculerons pas sur leurs motivations. Nous avons de gros doutes sur la façon dont les CRS ont géré l’affrontement mais là encore, nous les garderons pour nous.

Par contre, nous avons la certitude suivante : cela fait des années qu’il n’est pratiquement plus possible de manifester paisiblement en France. Le 1er mai est l’archétype de la manifestation familiale, celle où on emmène ses enfants, une balade où on mange une merguez en cheminant dans la rue. Ca a l’air dérisoire, mais c’est un des piliers de la démocratie. Qu’est-il en train de lui arriver ?

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