Paul et Pauline : l’interview

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Dans la perspective des élections municipales de 2019, yvpic a lancé sur Twitter et mastodon le tag #PaulETPauline avec cette question et un mot d’ordre, « Qui sait à quoi engage son vote lors des municipales pour la politique Métropole ? Exigeons des candidat·es l’annonce de leurs engagements comme élus métropolitains. » (https://pauletpaulineperdusenmetropole.home.blog/). *Bonny&Read* l’a interviewé pour en savoir plus ces « citoyens perdus en métropole ».

Bonny&Read : C’est quoi ce hastag ?

Il part d’un constat assez commun depuis une quinzaine d’années : le niveau métropolitain souffre d’un important déficit démocratique. Je ne vais pas refaire l’histoire ici mais il est symptomatique que le législateur a bricolé une obligation d’information de l’électeur du nom de son ou de sa représentante sur le bulletin de vote. Ce ciblage ne résout pas le problème que la métropole est administrée à un niveau bien au-dessus des gens : la grande majorité des électeurs ignore les compétences et les pouvoirs réels de leurs élus. Tout cela fait que la pression citoyenne sur la métropole est si faible qu’on peut parler d’une régression démocratique par rapport à ce qui s’est construit dans les communes : moins de proximité, moins de contrôle, moins de déontologie mais plus d’argent et de pouvoirs concentrés.

Bonny&Read : D’où est partie l’idée, c’est-à-dire de quoi et de quelle situation ?

De Rennes et du vote en 2015 autorisant la pose de portails de contrôle aux stations de métro de Rennes. Il faut comprendre qu’il s’agit là d’un véritable renversement culturel à Rennes. Ce vote à été préparé lors d’une législature, et proposé au vote dès le début de la législature suivante, au moment où les élu·es n’ont pas encore pris leur marque. Entre temps, les élections : aucune trace dans les programmes ! Aucun électeur n’a voté pour un ou une candidate ayant à son programme électoral la mise en place de ces portiques…

J’ai donc commencé à imaginer deux citoyens lambda, sommés d’y comprendre quelque chose. Paul et Pauline sont nés comme ça.

Entre temps, la réalité métropolitaine s’est renforcée en France, avec l’appui visible de l’état via ses préfets. Et on le comprend : d’une part l’action de l’État y trouve un terrain efficace, loin des règles et des contrôles traditionnellement mis en œuvre, par le biais d’une nébuleuse d’agences et de structures para-publiques. D’autre part, les élections dans ces villes centre deviennent des enjeux nationaux aux mains des grands partis.

Bonny&Read : C’est peut-être le moyen d’y introduire de la politique ?

Ironiquement, les élu·es métropolitains vous le confirmerons, les décisions se prennent plutôt lors des commissions… au consensus. Les débats politiques sont donc plutôt rares en assemblée et savamment orchestrés. La presse s’en fait écho à ce moment-là, alors que la décision est déjà formalisée. En fait, on peut dire qu’il n’y a pas assez de débat public ! De là le ressenti que la métropole est un niveau technocratique.

En plus, la seule bataille politique visible et commentée, c’est l’élection du maire de la ville centre, Rennes, car la liste gagnante est assurée de diriger la métropole. Mais il n’est pas certain que l’élection se jouera sur des arguments dépassant le cadre de la ville ! Là encore, le débat n’est pas à la hauteur de l’enjeu et notamment pour les communes périphériques, dépendantes des services fournis par la métropole et qui assistent au match.

Bonny&Read : Faudrait-il aller vers un municipalisme de métropole ?

Si cela alliait des formes de représentations communales et de la participation directe à des enjeux communs, pourquoi pas ! Ça serait plus malin en tout cas que revendiquer la simple élection des conseillers au suffrage universel, sur le modèle d’un mini département ou d’une capitale comme Paris, New York ou Londres.

Et surtout, le municipalisme remettrait à l’endroit la logique : un territoire doit agir pour ses habitants, pas pour être séduisant. À Rennes, on a l’impression que les Rennais ne sont que des figurants d’une communication enchantée qui vise à attirer de futurs habitants (des couples aisés et compétents si possible). Il faut en priorité lutter contre cette idée qui sous-tend l’ensemble de l’action métropolitaine aujourd’hui : la soi-disante concurrence entre les villes, au niveau français ou européen. C’est massivement destructeur du lien social et de l’aménagement du territoire.

Mes ami·e Paul & Pauline ont gardé une capacité d’étonnement sur tous ces sujets. Ils vivent dans un territoire et ils ne veulent pas s’en voir confisquer le devenir. Mais en même temps ils mesurent la difficulté pour accéder à l’information et avoir prise dessus.

Bonny&Read : Ils me rappellent Usbeck et Rica des Lettres persannes, comme deux visiteurs d’un pays étrange…

C’est tout à fait cela, et le pays d’où ils viennent c’est la simple citoyenneté !

Bonny&Read : Sociologiquement, qui sont Paul et Pauline ? Tu les connais ? Qui sont-ils ?

Ce sont plutôt des jeunes, sans grande expérience politique mais désireux à ce moment de leur vie d’agir et d’influer concrètement sur la vie locale. On peut imaginer qu’ils se sentent très concernés par la transition écologique. Ils sont habitués à trouver sur les réseaux les infos dont ils ont besoin. Ils ne supportent pas que les démarches soient compliquées ou des documents publics ne soient pas accessibles par exemple. Ils ne sont pas résignés, ils sont têtus, et les justifications laborieuses genre petit commerce ou technocrate ne les convainquent pas. Et Paul et Päuline voient bien les élections ne sont pas suffisantes.

Bonny&Read : question pratique maintenant : le tag #Paul&Pauline est-il renno-rennais ? Tu as déposé un copyright dessus ou tu attends qu’ il soit repris ?

Il est disponible pour toute personne qui se reconnaîtrait dans la démarche, que ce soit pour interpeller les élu.es ou les candidats. Il peut aussi servir relayer des bonnes idées ou constituer une petite bibliothèque sur le sujet. Par contre, insultes, attaques ad hominem, complotistes et nationalistes, merci de passer votre chemin.

Le fonds du problème est le même dans toutes les métropoles. Si des gens de Lille, Nantes, Grenoble ou Bordeaux veulent s’y joindre, ça enrichira le projet.