La mort de Staline

Le totalitarisme ne finit pas

Sorti début avril, le film d’Armando Iannucci raconte la fin d’un des plus terrifiant tyran de l’histoire et les intrigues de ses proches pour s’emparer du pouvoir en URSS. Sur ses qualités cinématographiques, allons à l’essentiel : c’est un chef d’oeuvre, dans le genre comique / farce. Un de ces rares films où on rit à gorge déployée, pratiquement tout le temps.

Autour de Staline terrassé par une attaque cérébrale, alors que le monde retenait son souffle, le réalisateur prend le parti d’un quasi huis clos avec pour principaux protagonistes, les membres du comité central. Monstrueux, grisâtres, parfois stupides, toujours méchants, chaque ministres stalinien est campé par un acteur de génie. Et l’essentiel du film tient à leur faconde, servie de dialogues exceptionnels. Les situations sont à mourir de rire. On sent ressusciter ce que faisaient de mieux les comédies de l’âge d’or d’Hollywood… la légèreté en moins. Car comme beaucoup de grandes oeuvres comiques, “La mort de Staline” est une oeuvre désespérée.

Son sujet n’est rien d’autre que le totalitarisme et la façon dont il se survit. La peur est omniprésente, dans ce qui fut un des régimes les plus sanglants de l’histoire humaine et le scénario ne prend finalement qu’assez peu de liberté avec la réalité des événements. Quand au plan final, le réalisateur nous rappelle que Nikita Khrouchtchev finira par se faire déboulonner par Leonid Brejnev, impossible de pas se rappeler que par la suite, de Gorbatchev à Elstine et de Elstine à Poutine, la valse du pouvoir russe a toujours été très mouvementée. Le régime poutinien ne s’y est pas trompé, d’ailleurs, en interdisant la sortie en salle de “La mort de Staline”.

Du coup, le personnage le plus effrayant du film est sans doute celui qui a mille visages : le peuple. Le peuple “torturé, violé, assassiné” selon les mots de Khrouchtchev mais qui se masse en foule immense pour rendre hommage au tyran. Qui va jusqu’à braver les fusils de la sanguinaire NKVD pour assister en pleurant aux funérailles du dictateur qui l’a massacré. Ce peuple si crédule que Lavrenti Béria planifie de le tromper en réécrivant une histoire où il se ferait libérateur des goulags, lui qui fut le plus cruel des bourreaux.

Ce peuple, souffrant et acteur de sa souffrance, sans lequel les tyrans ne seraient rien fait glisser “La mort de Staline” de la farce vers la tragédie. Et vers une tragédie actuelle, indéfiniment renouvelée.   Iannucci explique que son film n’est pas n’est pas «un commentaire sur la politique contemporaine, mais si malheureusement c’est le cas, je laisserai les gens tirer leurs propres conclusions d’après ce qu’ils ont vu à l’écran». C’est sa liberté d’artiste. Et c’est notre responsabilité de militants de tirer ces conclusions.

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