Assises de la maternelle : on est pas couchés !

Paradoxalement, des assises, ça sert à avancer. Nous ne saurions trop nous réjouir de ce que le gouvernement prenne la maternelle au sérieux en organisant les assises de la maternelles en cette fin de mois de mars 2018. Cependant, le festival de lieux communs que nous pouvons lire depuis quelques jours laisse planer un doute sévère sur le sérieux de l’opération. Débat de fond ou stratégie de communication ? Il est à craindre que nous ayions déjà la réponse à la question.

D’abord, cette annonce préliminaire de rendre l’instruction obligatoire à partir de 3 ans. On entend déjà bruire l’armée des community managers de LREM : le président s’intéresse aux tous petits, le président élargit le domaine d’intervention de l’école, le président n’est donc pas un vilain ultra-libéral. C’est un républicain qui marche dans les pas de Jules Ferry.

Sauf qu’à y regarder de plus près, c’est l’instruction qui est obligatoire, pas la scolarisation, laquelle, déjà à 97%, ne risque plus d’augmenter beaucoup. Il sera toujours loisible aux parents qui le désirent d’apporter la preuve qu’ils transmettent à leurs enfants ce qui leur faut.

Dans un entretien au Monde, Blanquer répond à la critique : Dans certains départements d’outre-mer, nous n’allons pas au-delà de 70 %. En Corse, le ratio atteint 87 %, et à Paris, 93 %.

Dont acte. Que va t-il être fait, alors, pour augmenter la capacité d’accueil des départements concernés ? Plus d’enseignants, plus de locaux, plus de personnel ? Ou bien l’état va t-il se décharger du dossier sur les collectivités territoriales qui recruteront, pour suppléer, des contractuels précaires, mal payés et sous qualifiés ? Parierons-nous que les assises de la maternelles répondront à la question ?

Concours de langue de bois

Or, l’entretien que Jean Marie Blanquer donne au Monde avec Boris Cyrulnik, neuropsychiatre chargé d’apporter une caution scientifique aux assises, est justement tellement plein de langue de bois qu’on pourrait en extraire de quoi refaire les parquets de la moitié des écoles parisiennes. Et avec surprise, nous constatons qu’à ce jeu là, le ministre se fait parfois distancer par le scientifique.

Si nous étions une porte ouverte, en présence de monsieur Cyrulnik, nous nous méfierions. Car la vigueur avec laquelle il enfonce les évidences a quelque chose d’effrayant. “ Les recherches en sciences cognitives montrent le contraire : l’enfant qui joue apprend mieux” . Espérons qu’elles ne nous apprennent pas que ça, les sciences cognitives. On parle d’enfant de trois à six ans qui n’apprennent qu’en jouant. J’aimerais rencontrer quelqu’un qui pense sérieusement que l’école maternelle est le lieu de cours magistraux avec des mouflets assis devant des bureaux et qui, pourquoi pas, prendraient des notes…

La suite des échanges est à l’avenant. Quand l’entretien arrive à la question du langage, le ministre reprend la main et fait la preuve d’une exceptionnelle audace pédagogique “Il ne s’agit pas d’apprendre à nos tout-petits des listes de vocabulaire. Non : ils peuvent se familiariser avec les mots et même la syntaxe en jouant ou en chantant.” Ouf, il est donc normal que ma fille de trois ans et demi n’ait pas de liste de vocabulaire à réviser à la maison.

Enjeux de mixité sociale

Ma fille, justement, a trois ans et demi. Elle a la chance d’être scolarisée dans une école très bien tenue, avec énormément de matériels, de jeux et de livres. Classée en ZEP, il n’y a qu’une vingtaine d’enfants dans sa classe. Les encadrants sont nombreux, pas stressés et compétents. L’atmosphère est chaleureuse et très professionnelle.

Les écoles étant dépendantes des collectivités locales, leurs moyens sont très différents en fonction des territoires. Beaucoup sont sous équipées, en sous effectif chronique. Si les assises sont l’occasion de généraliser le niveau de service de l’école de ma fille à l’ensemble du territoire français, alors qu’on nous explique avec quels moyens cela va se faire. Ca serait un bon début.

Mais un début seulement. Plutôt qu’un festival de banalités, les assises devraient être le lieu où on réfléchit à la façon de faire de l’école maternelle un creuset de mixité sociale. Quelle structure pour aider les enfants à évoluer tout en respectant et valorisant leurs différences ? Quel sens donner à cette première étape de la vie en collectivité ? Et puis quels moyens ? Quel niveau d’ambition ?

Faute de s’atteler sérieusement à ces questions, les assises de la maternelle risquent fort de faire du sur place.

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