“Nous Toutes” : mobilisation réussie et récupération ratée

On se retrouve à 14h à Opéra : le point de départ initial, Madeleine, a été changé. La préfecture a déployé un important dispositif de sécurité dans le centre de Paris pour contenir l’autre grande manifestation du jour. Celle des gilets jaunes.

Des gilets jaunes, d’ailleurs, on en aperçoit quelques uns alors que le rassemblement se constitue. Passés sans doute  jeter un oeil. C’est un hasard de calendrier étrange, d’ailleurs, qui met dans la rue, au même moment, des dizaines de milliers de personnes luttant pour deux causes différentes sans être concurrentes et toutes deux aux contours protéiformes. Mais dont les méthodes et les enjeux sont radicalement différents.

On piétine un bon moment, plus d’une heure, en fait. Sous un ciel gris mais doux, l’ambiance est bon enfant. Et surtout l’affluence est au rendez-vous : depuis la place de l’Opéra, le boulevard Haussmann est entièrement pris. On ne jouera pas au poker menteur du pronostic chiffré (lien vers http://www.bonny-and-read.fr/fete-a-macron-les-mauvais-comptes-font-les-bons-ennemis/ ) mais incontestablement le succès est là.

Beaucoup de manifestants sont des manifestantes. Mais pas que. Les hommes sont là, aussi, et se tiennent sagement en deuxième position. Les femmes, au premier rang, brandissent des pancartes “ras le viol” et autres “noustoutes.org.

Limites de l’oecuménisme

De nombreux partis politiques sont présents mais on touche les limites de l’oecuménisme de “Nous Toutes”. Si on aperçoit les bannières d’EELV, de Génération-s, du Parti Pirate, d’Alternative Libertaire, du NPA, et autres formations de gauche, nous n’avons pas vu celles du Parti Socialiste, non plus que de LREM, du Modem, de l’UDI ou de LR. Ce qui impose la question suivante : la problématique des violences sexistes indiffère t-elle la droite ?

Indiffère t-elle les partis au pouvoir ? Non, si on en croit les tweets d’Emmanuel Macron : et de Marlène Schiappa :. Mais que penser du soutien tardif de personnalités de premier plan qui ont dédaigné de battre le pavé avec les manifestant-e-s ? Samedi 24 les militants LREM n’en étaient pas, c’est sans doute qu’ils craignaient de se faire recevoir froidement. Car n’en déplaise aux communicants du gouvernement, un an et demi après l’installation d’Emmanuel Macron à l’Elysée et alors que #MeToo a amplement sensibilisé la population à la question des violences faites aux femmes, la manifestation #NousToutes est aussi une contestation contre l’incurie du gouvernement.

Le gouvernement a annoncé le lancement du plateforme d’alerte sur le web mais cela ne convainc personne. Alors que le président a fait de l’égalité femmes-hommes la grande cause du quinquennat quelques semaines après son investitures, aucun moyen important n’a été déployé pour aider les femmes victimes de violences. Et c’est pour dénoncer cette inaction coupable que les citoyen-ne-s ont défilé d’Opéra à République ce samedi 24 novembre. Que la manifestation #NousToutes ait été pacifique et que les pavés la Place de la République n’aient pas été démontés comme ceux des Champs Elysées ne change rien à la question : monsieur Macron, madame Schiappa, n’espérez pas récupérer un mouvement au prétexte que, pour une fois, vos forces de police n’ont pas gazé de manifestant-e-s !