« Baroque Sarabande », de Christiane Taubira

Taubira, j’ai longtemps été fan. J’ai voté pour elle en 2002. En 2012, j’ai été heureux qu’elle devienne ministre. Après, il faut bien le dire, ça s’est gâté.
Difficile de ne pas lui reprocher d’être restée trop longtemps au gouvernement, alors même qu’elle ne servait plus que de caution de gauche à un Valls de plus en plus droitier. Mais elle a tout de même porté l’unique réforme valable de la mandature Hollande et elle s’est pris des attaques d’une telle violence et d’une telle intensité, de la part de personnes et de groupes tellement ignobles que si elle parvient à pardonner à Jack London d’être raciste, on peut bien passer l’éponge sur quelques mois de trop à la chancellerie…
Le livre, donc : « Baroque Sarabande » est un méli mélo très personnel de souvenirs de lectures, d’impressions, d’anecdotes autobiographiques et de réflexion sur la (les) langue(s), sur les rapports entre littérature(s) et engagement(s). L’ensemble est décousu, d’une certaine façon un peu paresseux et facile. On a l’impression que Taubira a écrit tout ce qu’elle voulait dire sur la littérature, a entassé ça et sorti un livre et l’a publié en partant du principe que le lecteur saurait s’en débrouiller.
Et pourquoi pas, en fait ? Car on passe un bon moment et un moment utile. Taubira est une très bonne styliste, dotée d’une sensibilité et d’une culture exceptionnelles. Elle a du vécu, de l’engagement. Ce qu’elle a lu, ça a compté pour elle et finalement si son livre a un mérite, c’est celui de donner envie d’en lire ou d’en relire des dizaines d’autres : Aimé Césaire, bien sûr, mais aussi Jorge Amado, René Char, Virginia Woolf… un immense catalogue non exhaustif d’une vie de lectures.
En fait, j’aime l’écrivain Taubira pour la même raison que j’ai aimé la femme politique : c’est quelqu’un qui croit dans le pouvoir des mots. Quelqu’un pour qui les mots ont du sens, pour qui ils sont un engagement. Ca n’a pas suffi pour faire de la mandature Hollande une réussite politique et ça ne suffit pas pour faire de « Baroque Sarabande » un grand livre. Mais c’est assez pour donner envie de gauche et envie de littérature. Et c’est déjà pas mal. Et qu’elle nous ai déçus pendant la mandature Hollande est finalement aussi à mettre à son crédit : les pirates refusent la personnalisation de la politique : qu’une femme aussi brillante et sincère que Taubira puisse faillir est en soi une leçon, une des meilleures qu’elle nous a données.
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